7 secrets de fabrication… Bon 8 en fait 😊

Coucou tout le monde. Et si je vous confiais 8 petits secrets de fabrication d’Aliandra et Faustine

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  • La date dans mes chapitres. Dans l’éveil la plupart des événements que je décris entre 1999 et 2002 ont été écrits en temps réel, même si la réécriture de certains d’entre eux a couru jusqu’à 2010. Du coup les éléments de contexte si précis qui vous replongent à cette époque sont simplement issus de mon quotidien d’étudiant.
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  • j’ai attendu 2013 pour écrire le tout dernier épisode afin d’avoir des éléments de langage cohérents avec l’âge et l’époque à laquelle Cécile Nervier a grandi. Mes enfants m’ont inspiré une partie du phrasé typique de l’adolescente née en 2001 auquel j’ai ajouté le mien pour traduire une précocité liée à sa maîtrise innée de l’Omniscience.
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  • Il y a un temps d’adaptation pour interpréter chaque narrateur. Avant chaque prise de parole, je prenais un court moment pour me remettre dans la peau de celui ou celle-ci. Ainsi Alex est-il plus axé sur le ressenti, Francesca sur les détails visuels, Wrangelle sur la chronologie des faits et Früling dans la recherche d’une formulation plus soutenue.
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  • De même j’essaie d’entendre le texte avec la voix choisie pour le personnage. C’est par petites touches cela dit, mais ça suffit à donner une couleur à chaque texte. De jouer à ça, je suis devenu capable d’identifier les VF des doubleurs les plus exploités au cinéma. Le plus connu a joué à la fois Patrick Swayse et Buzz l’éclair 😊 L’aviez-vous remarqué?
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  • Faustine est un mix entre des traits de caractère de ma fille et de ma femme, et son physique en partie inspiré de celui de mon épouse adolescente. Fait amusant. À 10 ans d’intervalle, des surnoms choisis pour mes personnages seraient utilisés spontanément dans le groupe d’amis de ma fille. notamment Tigrou et Simba. L’addiction à Disney était prévisible cela dit.
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  • J’ai visité tous les lieux que j’ai utilisés dans mes livres. Parfois a posteriori de l’écriture des livres, ce qui a conduit a des corrections. Je n’ai jamais exploité Google maps. Du coup mes histoires se sont toutes déroulées en Europe pour les parties terrestres naturellement.
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  • J’ai mixé des modes de vie de peuples soumis aux mêmes climats pour donner un cadre aux nombreuses ethnies rencontrées dans Aliandra. Pas besoin de chercher loin la diversité avec du gluant et du peu appétissant. Notre espèce a une palette extraordinaire 😊
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  • J’avais créé quatre alphabets intégrés à mon traitement de texte comme de vraies polices d’écriture. Mais Aliandra n’avait pas besoin d’être davantage complexifiée 🤣

Oui mais non…

Ou pourquoi ça ne l’a pas fait avec moi mais que ça pourrait tout de même le faire avec vous, donc c’est pour ça que j’en parle.

Une pie parmi les paons, par Madyline Rose.

Alors on a une narration à la première personne, une personnalité dynamique et intelligente, un contexte que l’autrice maîtrise et je reconnais que le milieu décrit est parfaitement rendu. Seulement si notre autrice a bossé son intrigue, j’ai pataugé aux côtés de Connie qui, amnésique, a du mal à savoir en qui faire confiance. Du coup, ai-je perdu le fil ? Mais j’ai trouvé la révélation finale du premier tome un peu précipitée et l’impression d’avoir sauté un chapitre quand toutes les pièces de l’engrenage se mettent en place. Cela ajouté à quelques approximations sur des expressions – attirer plutôt que nourrir la jalousie, des bricoles somme toute – je suis parfois sorti de l’histoire par un tic d’auteur qui se relit. Donc je ne peux que vous recommander de vous faire votre propre idée 😉 Même si je ne vais pas plus loin, je suis sûr que cette trilogie a un éventail de surprises à vous offrir.

Il fallait me laisser mourir de Séverine Vialon

Là il faut pas m’en vouloir mais le genre policier est probablement surexploité de nos jours. Aussi sans un style qui se démarque rapidement, je suis assez peu client de ce genre de récit. Ici, on arrive d’emblée sur une scène de crime, l’héroïne doit faire sa place dans un nouveau poste d’encadrement dans un milieu d’hommes et cet angle est plutôt intéressant, mais les premiers dialogues ne m’ont pas semblé assez pertinents, et ça ne fonctionnait pas assez pour que je dépasse l’extrait. Malgré tout, l’échange entre les époux était beaucoup plus naturel et j’aurais presque signé pour la suite si je n’avais pas eu autant de livres à lire déjà dans ma PAL. J’y reviendrai peut-être, parce que je ne suis pas non plus toujours inspiré pour donner un début entraînant à mes propres romans. Détrompez-moi même, je ne demande pas mieux 😉 Une fois de plus c’est une affaire de ressenti, pas de qualité de l’ouvrage.

Branle-bas sous le sapin, de Valérie Bel et Antony Altman

Je suis assez fan de vaudeville et mes pièces préférées sont le Vison Voyageur de Ray Cooney et le diner de Cons, naturellement. Du coup, difficile de retrouver le plaisir que ces pièces procurent pratiquement à chaque phrase. Ici la pièce est bon enfant, il y a de très bonnes répliques par moments, mais la fin retombe un peu comme un soufflet, ce qui arrive quand la situation devient un peu trop intense pour donner une issue puissante. Là encore, mon regard est peut-être biaisé par des lectures précédentes et vous pouvez tout à fait adorer cette pièce qui reste bien écrite.

Tout ça pour conclure par deux petits points essentiels. Je ne suis pas complaisant dans les retours qui s’accumulent dans ma rubrique What Else. Si j’ai vraiment aimé, c’est parce que mes goûts, mon vécu, mes précédentes lectures s’accordent avec l’œuvre que je découvre. Si ça ne fonctionne pas, c’est parfois pour une accumulation de détails qui paraitront peut-être injustifiés pour l’auteur ou d’autres lecteurs. Mais on peut aimer un chanteur ou le détester précisément pour cet éraillement ou ce côté nasillard qui le caractérise. Mes propres livres trouvent leur public et tombent tout pareillement des mains d’autres lecteurs. Les goûts ne se discutent pas et la variété des propositions qu’a permis l’autoédition est une véritable richesse qui mérite d’être encouragée et défendue. Merci de m’avoir lu.

L’écharde par Didier Betmalle

langue des oiseaux et chant du cygne

On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Romain Gary pourrait servir d’accroche à ce récit inclassable, mais le réduire à une phrase serait toutefois sacrément réducteur. Il y a des envolées lyriques, des tournures qui me rappellent Bazin et sa Folcoche. Lettre ouverte à sa mère, le narrateur s’épanche sans pudeur, avec une sensualité intense et sans fard, même s’il reconnaît parfois combler les blancs que sa mémoire ingrate a posés çà et là, lorsqu’elle aurait pu lui épargner certaines réminiscences trop précises. La violence subie jeune est de celles qui peuvent nous suivre toute une vie et nous conditionner comme un tuteur force un bonzaï à plier sous sa volonté. Quand bien même le tuteur cesse de l’entraver, le tronc persiste à garder la pose. La justesse du récit est remarquable, et rien que pour cette précision et ce réalisme troublant, ce livre vaut le détour, franchement !

Ahogur 3 Armansys par Sonia J. Fadda

Une fois de plus je me suis laissé embarquer jusqu’au mot fin sans vraiment le sentir arriver. Digne suite des précédentes, celle-ci se démarque par une relation qui met enfin Solène dans les meilleures conditions pour commencer à devenir celle qu’elle est. Si le volet Etraïs est la chrysalide, Armansys préfigure l’éclosion d’une légende. Aile de Corbeau est en train de se déployer, et entraîne dans son ascension son premier et clairement grand amour, Angus. Outre l’héroïne, chaque personnage connaît une évolution distincte, et chacun prend une place de plus en plus importante dans le paysage. Et si j’ai souhaité par moments qu’on bouge davantage, une fois encore rien n’est laissé au hasard dans la toile que tisse l’autrice. On retrouve l’équilibre du premier épisode, alternant action et moments de vie en souplesse. Le cadre est atypique et parfaitement rendu, les enjeux se précisent et la place de Solène dans ce monde commence à se dessiner, grâce à l’apport indéniable des éclaircissements de Jonas et son père sur la lignée des Ereehators. Évidemment les choix des personnages seront lourds de conséquences. On s’inquiète déjà de certaines d’entre elles même si on se prend à espérer le meilleur. Parce que la plume de Sonia est ainsi, efficace, vivante. Elle donne vie à ses lieux, de la profondeur à ses personnages et du mouvement à l’action. Mention spéciale pour un putain de chapitre, le 14 « Terkan », qui est pour moi d’anthologie et digne des meilleurs auteurs de fantasy.

Borderline niveau -2 les souterrains (tome 1/5) de Zoë Hababou

Ouh la la ! Comment commencer? Imaginez un cocktail en fait. Un de ceux que Bryan Brown nous servait en faisant voler les bouteilles autour de lui comme un jongleur. Secouez tout ça avec un soupçon de Bukowski, une dose de Palahniuk, quelques grammes de Nietzsche et ce qu’il faut de plantes et de chamanisme sud-américain, vous aurez la recette de Borderline. Attention, la recette mais pas le mode d’emploi.

Bon je me suis offert un plaisir coupable, celui de relire le début aussitôt le mot fin arrivé, d’autant plus que la fin ici n’est qu’une porte ouverte pour enchaîner sur la suite. Mais ce livre est de ceux qu’il faut digérer et prendre le temps de décanter, un peu comme un roman de Fred Soulier. On en prend d’entrée de jeu plein la tronche et ça cadre assez bien avec l’état du narrateur au départ de l’histoire, véritable balise humaine, à vif, très – trop ? – réceptif à l’humanité dans ce qu’elle a de plus crasse, une omniscience écrasante dans laquelle je dois dire on patauge, comme après cette dose bien chargée, celle qui remet en question notre sens de l’équilibre et où tout peut paraître d’un coup euphorisant ou profondément triste.

Le style choque de prime abord, la négation est court-circuitée, le récit à fleur de peau et le débit de paroles très dense, le contenu intense. Puis les yeux s’habituent, la route apparaît et on peut enfin suivre les origines du parcours, avec des cassures indéniables et nébuleuses qui nous rappellent qu’on est loin d’avoir toutes les pièces du puzzle mais qui nourrissent intelligemment l’intérêt que le récit gagne au fur et à mesure. C’est exigeant, violent, profond et ça décrasse les dendrites par moments.

Zoë a produit une histoire originale, même si on sent un besoin de rendre hommages à ses maîtres, du moins à ceux qui ont donné ses couleurs à sa plume, comme un Indien nous expliquant le sens des atours qu’il porte et qui le définissent. Je vais laisser passer un peu de temps avant de me lancer dans la suite de l’aventure, le temps que tout se mette bien en place, même si on est condamné à rouler pied au plancher le long d’un vide sans fin, avec pour seule certitude que le sol peut se dérober sous les roues à tout instant…

Des nouvelles remarquables…

On se prend au jeu

Bon ce n’est pas littéraire au sens où on le lirait davantage comme un récit tiré d’un scénario de film, voire de jeu ici. Cela dit en terme de divertissement on est bien situé. Il n’y a pas de temps mort – ce qui est plutôt sympa vue la quantité de zombies. Les codes des jeux vidéo se superposent habilement à la réalité de nos protagonistes, rapidement croqués mais on passe de l’un à l’autre sans peine. Leur caractère se distingue bien. Bref une bonne lecture estivale, entraînante et un suspense bien conduits. à découvrir ici :

Un hymne à la vie au milieu des morts

Il y a beaucoup de monde qui se proclame auteur qu’on croise sur différents réseaux sociaux mais quelle bonne surprise que cette nouvelle, précise, concise, une scène à mi-chemin entre Romero et Olive et Tom. Je l’ai lue d’une traite et je vais suivre attentivement l’actu de cet auteur qui a tous les atouts pour plaire au public. Même si ce genre parait une niche il est écrit de façon élégante sans démonstration gore qui aurait desservi cette belle relation père-fils et quelque part cet hymne à la vie…

agréable moment. plume prometteuse

Efficace et bien construite cette nouvelle. Passé un bon moment. Le contexte et les détails techniques s’intègre intelligemment dans la narration sans perte de rythme.

Une perle du fantastique

Une montée progressive dans l’étrange, une narration de qualité et un respect des codes du fantastique souvent oubliés par les actuels qui se revendiquent du modèle « lovecraftien »
Une belle mise en page pour re-découvrir ce pilier des récits sur l’occulte

Ahogur II Etraïs par Sonia J. Fadda

Etraïs pour le corbeau dans la langue des Orthons, parce qu’au final cet épisode est centré sur la progression de Solène ou Aile de Corbeau, même si les Orthons restent une menace lointaine, bien que tangible à travers les courriers qui font le lien avec les personnages du premier volet.

Que dire de ce joli coup de poker ? En effet Etraïs, c’est pratiquement l’Etudiante avec Sophie Marceau transposée dans les terres Ereevines. Notre héroïne suit sa grand-mère Sylvaine dans sa ville natale et découvre un mode de vie bien différent de celui qu’elle a embrassé toute sa jeunesse. Une vie citadine, parmi une jeunesse noble détachée de la réalité du petit peuple, plus occupée à tromper son ennui et se laisser aller à des soirées trop arrosées qu’à réellement chercher sa place dans une société féodale menée par un roi très peu présent finalement dans ce volet.

On est tellement dans la routine qui finit par étreindre Solène qu’au fond, si cette démonstration de la vie à Torwin est remarquablement précise et renseignée, on finit par se demander si les événements si intenses du premier épisode vont finir par la rattraper. Cette mise à l’écart de la scène, ce décalage entre la menace qui gronde à la fois si près et si loin de notre héroïne, voilà précisément le coup de poker de ce volet. J’aurais en effet pu abandonner ma lecture après la moitié, si quelques événements intrigants n’étaient venus titiller ma curiosité.

Outre un contexte social et politique approfondis, Sonia sème des graines de ci de là, parfois au détour d’un incident, ou au milieu d’une conversation et lorsque les pièces du puzzle se mettent en place sous nos yeux, c’est simplement efficace et brillant, donnant au dernier tiers de l’histoire une montée en puissance remarquable.

Donc si vous n’avez pas encore fait vos armes à Pierre Fendue, ne tardez pas, l’indolence de Torwin cache de magnifiques surprises qui promettent une suite riche en rebondissements. Une telle densité délivrée avec autant de souplesse et de raffinement me laisse pantois. Certains passages relèvent même d’un niveau littéraire supérieur. Non, franchement cliquez, tout est travaillé avec soin pour vous donner une expérience de lecture inoubliable, jusqu’au bleu de sa couverture…

Duel 1. Des braises sous la cendre par Maëlle D.

Voilà un article qui arrive un peu tard j’imagine mais tant pis, je ne pouvais pas faire l’impasse sur ce brillant opus, ne serait-ce que pour vous interpeller sur la qualité du travail produit par cette autrice. J’ai échangé quelquefois avec elle sur les réseaux sociaux, et elle m’a laissé l’impression d’en avoir sous la pédale, en terme de rigueur comme de conversation. Une personne qui m’avait suffisamment intéressé pour acquérir son livre à l’époque, même si je ne devais le lire que deux ans plus tard.

La première réflexion que je me suis faite en attaquant cet opus par une scène de pré-bataille qui donne le ton avec autant de puissance que cette fantastique couverture dessinée qui pourrait la faire passer pour une BD traitant de péplum, c’est qu’on allait en prendre plein les yeux. Une héroïne encore, comme il devait cruellement en manquer dans l’imaginaire des femmes autrices qui émergent ces dernières années, avec un caractère bien trempé, de l’humour, des désirs et de la ténacité, enfin digne de la plupart de nos contemporaines.

Péplum le mot est lancé et entre nous c’est bien à cela que ressemble ce siècle étrange que nous découvrons à travers le regard d’Heza, une fleur de la rue, qui n’a pu compter que sur la constance de celui qu’elle cite comme son frère Ajit et les opportunités qui restent à ceux d’en bas, les Gris, pour survivre dans les bas-fonds du Fort. Quelques années de vache maigre à frôler la mort par moment pour échapper à sa condition vont nourrir son obsession de retrouver sa sœur, son seul lien avec sa mémoire et son passé, ce au prix de tous les sacrifices.

Cette quête passe par l’incontournable Institut, qui forme des gladiateurs modernes, les duellistes, au combat à mains nues et armes blanches pour rendre la justice dans un contexte à la fois féodal et futuriste où une catastrophe a projeté un peuple extraterrestre ressemblant à des elfes à se confronter à l’Humanité. Le contexte est bien amené, sans lourdeur, chaque information importante trouve sa place au moment où il est opportun qu’on en sache davantage. Sur cet aspect, le livre est construit méthodiquement et chaque pièce du puzzle se met en place sans forcer le trait.

Mais au-delà de l’histoire qui roule toute seule, avec une montée en puissance constante, ce qui m’a touché le plus dans ce livre, ce sont ses personnages si bien croqués, ces relations qui évoluent, entre les deux amis avec le temps, la complicité qui se renforce avec le maître d’armes. Nous suivons Heza qui morfle, qui apprend et progresse, change, comment sa petite vie finit par rayonner sur celles des habitants de ce Fort, désormais menacé, par ce choix de ne pas renoncer, de persister dans une voie où personne ne l’imaginait, ni même ne la souhaitait.

Les différentes intrigues sont bien conduites, et on sent que des graines subtiles semées par ci par là donneront des fruits plus loin dans l’aventure. J’espère clairement voir sortir le deuxième opus, car l’autrice a vu plus loin que la succession de scènes de cette première partie, et il y a un travail derrière qui donne à ce livre tous les ingrédients pour vous entraîner dans le sillage de ses personnages atypiques.

Cela dit, là où je pêche, c’est le genre du livre. On pourrait parler de dystopie, car on se place dans 300 ans, un monde rebâti sur les ruines de ce qui pourrait être le nôtre ou se trouver à l’autre bout de la galaxie, peu importe. Le péplum me vient à l’esprit pour le contexte des ordalies en arène et cette préparation digne de Spartacus ou par certains aspects le film Gladiator. Mais certains codes de la fantasy se tapent peu à peu l’incruste, avec l’évocation d’elfes, de nains et de magie. Donc au même titre que son héroïne transcende les codes sociaux, ce récit dépasse la notion de genre et son autrice se place surtout dans la case des artistes à ne pas perdre de vue 🙂

Ahogur premier épisode de la série éponyme, par Sonia J. Fadda

Lorsque je me suis lancé dans ce livre, je dois avouer que l’incipit était percutant, presque trop rentre dedans, mais rapidement le quatrième mur se referme et on est immergé dans une famille atypique s’il en est dans les récits médiévaux, où un homme, que dis-je, une montagne, s’est entouré au fil des ans d’enfants trouvés. Alors déjà les orphelins, on en a eu pléthore dans les récits, la fantasy façon Seigneur des Anneaux, on ne les compte plus, alors pourquoi celui-ci?

Déjà la cohérence plastique des couvertures. Prenez un moment pour les regarder, l’emballage est soigné, c’est indéniable. Comme Hunger Games s’identifie à son geai moqueur, Ahogur se distingue par ses corbeaux, enfin surtout une aile de corbeau, Solène, qui nous entraîne dans le récit de sa vie, sur un ton sérieux mais non sans humour. L’histoire se cale sur le rythme de la campagne, et on suit les saisons et leurs rituels en toile de fond. Mais la petite vie de cette famille est d’emblée perturbée par une macabre découverte sous un pont, qui nous renseigne rapidement sur les aptitudes du patriarche à suivre une piste et une connaissance plus proche de celle d’un soldat que d’un paisible bûcheron.

Ensuite, je trouve la construction de l’histoire remarquablement bien structurée. les titres des chapitres sont choisis avec soin, et font mouche à chaque fois, parfois pour un mot, un détail. Le découpage est rythmé, on passe d’un personnage à l’autre sans rupture, tout est fluide et la personnalité de chacun ressort rapidement. Le cadre est bien travaillé, les tenues, les détails, les rituels, tout dénote un profond travail en amont pour offrir un univers cohérent, somptueux, et particulièrement riche. On oublie très vite les classiques du genre, on est dans un environnement original et on est incapable de savoir quand les choses vont déraper, même si la menace sourd plus ou moins à la surface.

On découvre le contexte sans temps morts, sans longue digression sur la politique, les ethnies. Tout entre dans le cadre petit à petit, au fil des dialogues et des besoins du lecteur. L’action est bien menée, les affrontements décrits avec soin, on voit les choses se dérouler et on est tenu en haleine. Enfin, lorsque la tension retombe un temps, l’autrice nous gratifie d’une brillante digression dans ce qu’on pourrait qualifier de romance, mais avec ce soin de ne pas brûler les étapes, de laisser venir les choses naturellement. Sonia nous tient la main et nous entraîne dans le sillage de Solène. On la voit progresser, grandir même, une épreuve après l’autre. Et en arrière plan, une interrogation sur les possibilités des femmes de s’épanouir librement dans un monde d’hommes, une question très actuelle.

En conclusion une écriture qui prend son temps, mais dans le bon sens, une narration intelligente, une saga pleine de promesses, vers laquelle vous pouvez vous diriger sans hésitation.