Des nouvelles remarquables…

On se prend au jeu

Bon ce n’est pas littéraire au sens où on le lirait davantage comme un récit tiré d’un scénario de film, voire de jeu ici. Cela dit en terme de divertissement on est bien situé. Il n’y a pas de temps mort – ce qui est plutôt sympa vue la quantité de zombies. Les codes des jeux vidéo se superposent habilement à la réalité de nos protagonistes, rapidement croqués mais on passe de l’un à l’autre sans peine. Leur caractère se distingue bien. Bref une bonne lecture estivale, entraînante et un suspense bien conduits. à découvrir ici :

Un hymne à la vie au milieu des morts

Il y a beaucoup de monde qui se proclame auteur qu’on croise sur différents réseaux sociaux mais quelle bonne surprise que cette nouvelle, précise, concise, une scène à mi-chemin entre Romero et Olive et Tom. Je l’ai lue d’une traite et je vais suivre attentivement l’actu de cet auteur qui a tous les atouts pour plaire au public. Même si ce genre parait une niche il est écrit de façon élégante sans démonstration gore qui aurait desservi cette belle relation père-fils et quelque part cet hymne à la vie…

agréable moment. plume prometteuse

Efficace et bien construite cette nouvelle. Passé un bon moment. Le contexte et les détails techniques s’intègre intelligemment dans la narration sans perte de rythme.

Une perle du fantastique

Une montée progressive dans l’étrange, une narration de qualité et un respect des codes du fantastique souvent oubliés par les actuels qui se revendiquent du modèle « lovecraftien »
Une belle mise en page pour re-découvrir ce pilier des récits sur l’occulte

Ahogur II Etraïs par Sonia J. Fadda

Etraïs pour le corbeau dans la langue des Orthons, parce qu’au final cet épisode est centré sur la progression de Solène ou Aile de Corbeau, même si les Orthons restent une menace lointaine, bien que tangible à travers les courriers qui font le lien avec les personnages du premier volet.

Que dire de ce joli coup de poker ? En effet Etraïs, c’est pratiquement l’Etudiante avec Sophie Marceau transposée dans les terres Ereevines. Notre héroïne suit sa grand-mère Sylvaine dans sa ville natale et découvre un mode de vie bien différent de celui qu’elle a embrassé toute sa jeunesse. Une vie citadine, parmi une jeunesse noble détachée de la réalité du petit peuple, plus occupée à tromper son ennui et se laisser aller à des soirées trop arrosées qu’à réellement chercher sa place dans une société féodale menée par un roi très peu présent finalement dans ce volet.

On est tellement dans la routine qui finit par étreindre Solène qu’au fond, si cette démonstration de la vie à Torwin est remarquablement précise et renseignée, on finit par se demander si les événements si intenses du premier épisode vont finir par la rattraper. Cette mise à l’écart de la scène, ce décalage entre la menace qui gronde à la fois si près et si loin de notre héroïne, voilà précisément le coup de poker de ce volet. J’aurais en effet pu abandonner ma lecture après la moitié, si quelques événements intrigants n’étaient venus titiller ma curiosité.

Outre un contexte social et politique approfondis, Sonia sème des graines de ci de là, parfois au détour d’un incident, ou au milieu d’une conversation et lorsque les pièces du puzzle se mettent en place sous nos yeux, c’est simplement efficace et brillant, donnant au dernier tiers de l’histoire une montée en puissance remarquable.

Donc si vous n’avez pas encore fait vos armes à Pierre Fendue, ne tardez pas, l’indolence de Torwin cache de magnifiques surprises qui promettent une suite riche en rebondissements. Une telle densité délivrée avec autant de souplesse et de raffinement me laisse pantois. Certains passages relèvent même d’un niveau littéraire supérieur. Non, franchement cliquez, tout est travaillé avec soin pour vous donner une expérience de lecture inoubliable, jusqu’au bleu de sa couverture…

Duel 1. Des braises sous la cendre par Maëlle D.

Voilà un article qui arrive un peu tard j’imagine mais tant pis, je ne pouvais pas faire l’impasse sur ce brillant opus, ne serait-ce que pour vous interpeller sur la qualité du travail produit par cette autrice. J’ai échangé quelquefois avec elle sur les réseaux sociaux, et elle m’a laissé l’impression d’en avoir sous la pédale, en terme de rigueur comme de conversation. Une personne qui m’avait suffisamment intéressé pour acquérir son livre à l’époque, même si je ne devais le lire que deux ans plus tard.

La première réflexion que je me suis faite en attaquant cet opus par une scène de pré-bataille qui donne le ton avec autant de puissance que cette fantastique couverture dessinée qui pourrait la faire passer pour une BD traitant de péplum, c’est qu’on allait en prendre plein les yeux. Une héroïne encore, comme il devait cruellement en manquer dans l’imaginaire des femmes autrices qui émergent ces dernières années, avec un caractère bien trempé, de l’humour, des désirs et de la ténacité, enfin digne de la plupart de nos contemporaines.

Péplum le mot est lancé et entre nous c’est bien à cela que ressemble ce siècle étrange que nous découvrons à travers le regard d’Heza, une fleur de la rue, qui n’a pu compter que sur la constance de celui qu’elle cite comme son frère Ajit et les opportunités qui restent à ceux d’en bas, les Gris, pour survivre dans les bas-fonds du Fort. Quelques années de vache maigre à frôler la mort par moment pour échapper à sa condition vont nourrir son obsession de retrouver sa sœur, son seul lien avec sa mémoire et son passé, ce au prix de tous les sacrifices.

Cette quête passe par l’incontournable Institut, qui forme des gladiateurs modernes, les duellistes, au combat à mains nues et armes blanches pour rendre la justice dans un contexte à la fois féodal et futuriste où une catastrophe a projeté un peuple extraterrestre ressemblant à des elfes à se confronter à l’Humanité. Le contexte est bien amené, sans lourdeur, chaque information importante trouve sa place au moment où il est opportun qu’on en sache davantage. Sur cet aspect, le livre est construit méthodiquement et chaque pièce du puzzle se met en place sans forcer le trait.

Mais au-delà de l’histoire qui roule toute seule, avec une montée en puissance constante, ce qui m’a touché le plus dans ce livre, ce sont ses personnages si bien croqués, ces relations qui évoluent, entre les deux amis avec le temps, la complicité qui se renforce avec le maître d’armes. Nous suivons Heza qui morfle, qui apprend et progresse, change, comment sa petite vie finit par rayonner sur celles des habitants de ce Fort, désormais menacé, par ce choix de ne pas renoncer, de persister dans une voie où personne ne l’imaginait, ni même ne la souhaitait.

Les différentes intrigues sont bien conduites, et on sent que des graines subtiles semées par ci par là donneront des fruits plus loin dans l’aventure. J’espère clairement voir sortir le deuxième opus, car l’autrice a vu plus loin que la succession de scènes de cette première partie, et il y a un travail derrière qui donne à ce livre tous les ingrédients pour vous entraîner dans le sillage de ses personnages atypiques.

Cela dit, là où je pêche, c’est le genre du livre. On pourrait parler de dystopie, car on se place dans 300 ans, un monde rebâti sur les ruines de ce qui pourrait être le nôtre ou se trouver à l’autre bout de la galaxie, peu importe. Le péplum me vient à l’esprit pour le contexte des ordalies en arène et cette préparation digne de Spartacus ou par certains aspects le film Gladiator. Mais certains codes de la fantasy se tapent peu à peu l’incruste, avec l’évocation d’elfes, de nains et de magie. Donc au même titre que son héroïne transcende les codes sociaux, ce récit dépasse la notion de genre et son autrice se place surtout dans la case des artistes à ne pas perdre de vue 🙂

Ahogur premier épisode de la série éponyme, par Sonia J. Fadda

Lorsque je me suis lancé dans ce livre, je dois avouer que l’incipit était percutant, presque trop rentre dedans, mais rapidement le quatrième mur se referme et on est immergé dans une famille atypique s’il en est dans les récits médiévaux, où un homme, que dis-je, une montagne, s’est entouré au fil des ans d’enfants trouvés. Alors déjà les orphelins, on en a eu pléthore dans les récits, la fantasy façon Seigneur des Anneaux, on ne les compte plus, alors pourquoi celui-ci?

Déjà la cohérence plastique des couvertures. Prenez un moment pour les regarder, l’emballage est soigné, c’est indéniable. Comme Hunger Games s’identifie à son geai moqueur, Ahogur se distingue par ses corbeaux, enfin surtout une aile de corbeau, Solène, qui nous entraîne dans le récit de sa vie, sur un ton sérieux mais non sans humour. L’histoire se cale sur le rythme de la campagne, et on suit les saisons et leurs rituels en toile de fond. Mais la petite vie de cette famille est d’emblée perturbée par une macabre découverte sous un pont, qui nous renseigne rapidement sur les aptitudes du patriarche à suivre une piste et une connaissance plus proche de celle d’un soldat que d’un paisible bûcheron.

Ensuite, je trouve la construction de l’histoire remarquablement bien structurée. les titres des chapitres sont choisis avec soin, et font mouche à chaque fois, parfois pour un mot, un détail. Le découpage est rythmé, on passe d’un personnage à l’autre sans rupture, tout est fluide et la personnalité de chacun ressort rapidement. Le cadre est bien travaillé, les tenues, les détails, les rituels, tout dénote un profond travail en amont pour offrir un univers cohérent, somptueux, et particulièrement riche. On oublie très vite les classiques du genre, on est dans un environnement original et on est incapable de savoir quand les choses vont déraper, même si la menace sourd plus ou moins à la surface.

On découvre le contexte sans temps morts, sans longue digression sur la politique, les ethnies. Tout entre dans le cadre petit à petit, au fil des dialogues et des besoins du lecteur. L’action est bien menée, les affrontements décrits avec soin, on voit les choses se dérouler et on est tenu en haleine. Enfin, lorsque la tension retombe un temps, l’autrice nous gratifie d’une brillante digression dans ce qu’on pourrait qualifier de romance, mais avec ce soin de ne pas brûler les étapes, de laisser venir les choses naturellement. Sonia nous tient la main et nous entraîne dans le sillage de Solène. On la voit progresser, grandir même, une épreuve après l’autre. Et en arrière plan, une interrogation sur les possibilités des femmes de s’épanouir librement dans un monde d’hommes, une question très actuelle.

En conclusion une écriture qui prend son temps, mais dans le bon sens, une narration intelligente, une saga pleine de promesses, vers laquelle vous pouvez vous diriger sans hésitation.

La malédiction de Castel Dark par JC. Staignier

La malédiction c’est que ce soit fini 😊 Le dernier volet de l’aventure se déroule en deux actes. Le premier se concentre bientôt sur Ombelline, après que son frère trouve chaussure à son pied. Cette première moitié de l’histoire est puissante par sa conclusion, très bien construite digne de Shakespeare. Je ne suis pas pour divulgacher mais l’autrice rend hommage à son lectorat par petites touches, en concluant fort justement l’intrigue autour d’Erine et son fils enlevé, l’explication du titre de la saga, tardif mais si puissant, l’air perdu de Florimond devant la multitude de prénoms à retenir. Mais les personnages sont si singuliers et bien croqués qu’on finit par faire partie de la famille et identifier facilement qui est qui.

La seconde partie retrouve le cadre provençal pour mon plus grand plaisir et là je pense à la trilogie marseillaise de Pagnol où, à force de malentendus et de non dits, les amours en sortent contrariées. Et cette conclusion, la cerise sur le gâteau. 😊

Une merveille dont le style, la qualité narrative et le ménagement des effets va crescendo et où un bouton de rose éclot sous nos yeux. JC. Staignier tu es devenue écrivaine avec cette saga et tu as trouvé ta voix. Merci et bravo

NOUVELLES Pêle-mêle de Créoline de Venfré

C’est toujours un défi de lancer un livre « gratuit » dans le champ de coquelicots qu’est devenue l’autoédition ces dernières années. Et parmi ces spots qui émergent sur la carte, beaucoup se décourageront dès la première année, parce que leur recueil ou leur récit parfois inabouti, parfois réussi, aura souffert d’une ribambelle de critiques. Ça c’est le meilleur des cas, car cela peut nourrir un désir revanchard de remettre la balle en jeu avec une stratégie améliorée et grandie d’avoir été au crash test. D’autres lâcheront l’affaire parce que faute de s’intégrer dans un réseau vivant et réactif, ils se seront laissés happer par la foule et n’auront pas su se démarquer assez pour être remarqués par leur lectorat. Hélas on ne se rend compte que trop tard qu’écrivain, c’est aussi un métier de communicant et je dois dire qu’à ce jeu-là, je suis loin d’être le modèle à suivre. Surtout qu’en terme de réactivité numérique, je suis au rang de la carte postale…

C’est une amie qui partageait sur son mur ce livre, cette drôle de proposition. Il n’y a qu’à lire l’extrait pour être interpellé par la démarche originale de cette autrice. Elle ne veut pas qu’on perde son temps donc elle la fait « courte » et une bonne moitié de l’ouvrage, c’est un calendrier d’éphémérides qui se dévoile petit à petit, une scène de vie après l’autre, mais pas de ces éphémérides dont les dates sont parfois plus drôles que la blague elle-même. Elle place des aces, elle claque des revers terribles, et dans l’humour et la tendresse, elle croque la vie avec un regard vif et aiguisé. Elle aborde des sujets variés, avec un goût certain pour les chutes qui laissent une trace indélébile. Des fois par un simple nom, Syrie, d’autres par une mise en abîme. Toute la beauté et la force d’un mot mis en relief. Et comme la curiosité l’emporte toujours, et c’est là que la jeune femme est maline dans sa démarche, on finit la visite guidée par le clou du spectacle, un extrait de son roman à venir pour juin.

Ce récit qui s’offre à nous reprend déjà les thèmes évoqués plus tôt dans les micro-nouvelles, donc on est déjà dans le cadre, et à ce jeu-là on pourrait être emporté sans effort jusqu’au mot fin. Pourquoi ? Parce que l’écriture est sobre, précise, moderne, et le rythme surtout est notable, percutant. Il n’y a pas de temps mort, pas de digression, on entre dans le vif du sujet. Les personnages sont peints au couteau, leur contexte et leur vie nous imprègnent par touches, et cette façon de faire mouche à chaque paragraphe est ce que Créoline a acquis de cet exercice du format court. Un domaine qui n’était pas son terrain de jeu au départ, de son propre aveu.

Du coup, la démarche commerciale sert un livre intelligent, une autrice qui manie la communication, l’écriture et même le design de sa couverture sans fausse note dénote une cohérence et une perception de ce métier qui force l’admiration. Une chose est sûre, si on encourage cette graine, elle produira une artiste remarquable très rapidement…