NOUVELLES Pêle-mêle de Créoline de Venfré

C’est toujours un défi de lancer un livre « gratuit » dans le champ de coquelicots qu’est devenue l’autoédition ces dernières années. Et parmi ces spots qui émergent sur la carte, beaucoup se décourageront dès la première année, parce que leur recueil ou leur récit parfois inabouti, parfois réussi, aura souffert d’une ribambelle de critiques. Ça c’est le meilleur des cas, car cela peut nourrir un désir revanchard de remettre la balle en jeu avec une stratégie améliorée et grandie d’avoir été au crash test. D’autres lâcheront l’affaire parce que faute de s’intégrer dans un réseau vivant et réactif, ils se seront laissés happer par la foule et n’auront pas su se démarquer assez pour être remarqués par leur lectorat. Hélas on ne se rend compte que trop tard qu’écrivain, c’est aussi un métier de communicant et je dois dire qu’à ce jeu-là, je suis loin d’être le modèle à suivre. Surtout qu’en terme de réactivité numérique, je suis au rang de la carte postale…

C’est une amie qui partageait sur son mur ce livre, cette drôle de proposition. Il n’y a qu’à lire l’extrait pour être interpellé par la démarche originale de cette autrice. Elle ne veut pas qu’on perde son temps donc elle la fait « courte » et une bonne moitié de l’ouvrage, c’est un calendrier d’éphémérides qui se dévoile petit à petit, une scène de vie après l’autre, mais pas de ces éphémérides dont les dates sont parfois plus drôles que la blague elle-même. Elle place des aces, elle claque des revers terribles, et dans l’humour et la tendresse, elle croque la vie avec un regard vif et aiguisé. Elle aborde des sujets variés, avec un goût certain pour les chutes qui laissent une trace indélébile. Des fois par un simple nom, Syrie, d’autres par une mise en abîme. Toute la beauté et la force d’un mot mis en relief. Et comme la curiosité l’emporte toujours, et c’est là que la jeune femme est maline dans sa démarche, on finit la visite guidée par le clou du spectacle, un extrait de son roman à venir pour juin.

Ce récit qui s’offre à nous reprend déjà les thèmes évoqués plus tôt dans les micro-nouvelles, donc on est déjà dans le cadre, et à ce jeu-là on pourrait être emporté sans effort jusqu’au mot fin. Pourquoi ? Parce que l’écriture est sobre, précise, moderne, et le rythme surtout est notable, percutant. Il n’y a pas de temps mort, pas de digression, on entre dans le vif du sujet. Les personnages sont peints au couteau, leur contexte et leur vie nous imprègnent par touches, et cette façon de faire mouche à chaque paragraphe est ce que Créoline a acquis de cet exercice du format court. Un domaine qui n’était pas son terrain de jeu au départ, de son propre aveu.

Du coup, la démarche commerciale sert un livre intelligent, une autrice qui manie la communication, l’écriture et même le design de sa couverture sans fausse note dénote une cohérence et une perception de ce métier qui force l’admiration. Une chose est sûre, si on encourage cette graine, elle produira une artiste remarquable très rapidement…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s